Livrer des repas à vélo ou à scooter attire de nombreuses personnes en recherche d’emploi ou en reconversion. La plateforme ne recrute pourtant pas de salariés, elle contracte avec des travailleurs indépendants qui facturent leurs courses. Avant la première livraison, devenir livreur Uber Eats suppose donc de choisir une forme juridique. Ce choix n’emporte pas les mêmes conséquences selon que vous partez du chômage, d’un emploi salarié ou de vos études.
Devenir livreur Uber Eats suppose de créer votre entreprise
Pour livrer, vous signez un contrat de prestation de services avec la plateforme et vous facturez chacune de vos courses. Vous avez donc besoin d’une entreprise déclarée et d’un numéro SIRET, obtenus avant votre inscription sur l’application. Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités de création, de modification ou de fermeture d’entreprise doivent transiter sur le guichet unique de l’INPI. Ces démarches peuvent être réalisées en autonomie ou avec l’accompagnement d’un professionnel du droit.
Le cabinet d’expertise comptable en ligne LS Compta détaille les cotisations et les obligations comptables à anticiper pour devenir livreur Uber Eats.
Le véhicule modifie ensuite l’étendue de vos obligations. À vélo ou à vélo à assistance électrique, l’accès à l’activité reste libre et aucune qualification professionnelle n’est exigée. Avec un scooter, une moto ou une voiture, vous relevez du transport public routier léger de marchandises, et une attestation de capacité de transport de marchandises devient obligatoire.
Attention : votre autonomie conditionne votre statut d’indépendant. Sans liberté d’organiser vos horaires, de refuser une course ou de livrer pour plusieurs plateformes, la relation peut être requalifiée en contrat de travail par les tribunaux.
Micro-entreprise, entreprise individuelle ou société, ce qui les sépare
Trois voies existent : la micro-entreprise, l’entreprise individuelle au régime réel et la société de type EURL ou SASU.
La micro-entreprise est un régime fiscal et social simplifié de l’entreprise individuelle, et non une forme juridique distincte. Elle reste ouverte tant que votre chiffre d’affaires ne dépasse pas 83 600 € en 2026 pour une activité de prestations de services. Vos cotisations sociales atteignent 21,2 % du chiffre d’affaires encaissé en 2026, et aucun versement n’est dû sur un mois sans course. C’est la voie retenue par la majorité des coursiers, pour sa comptabilité allégée.
L’entreprise individuelle au régime réel repose sur une autre logique. Vous êtes imposé sur un bénéfice réel, après déduction de vos frais professionnels, là où la micro-entreprise applique un abattement forfaitaire de 50 % quel que soit votre niveau de dépenses. Un livreur en scooter, qui supporte carburant, entretien et assurance, ne se trouve pas dans la même situation qu’un livreur à vélo.
La société relève d’un cadre nettement plus exigeant : immatriculation, comptes annuels, comptabilité complète. Elle concerne les activités appelées à durer, à se cumuler avec d’autres projets ou à accueillir un associé. D’autres cadres d’activité indépendante existent par ailleurs, à l’image du portage salarial, qui repose sur une logique inverse.
Ce que change votre situation de demandeur d’emploi
Si vous êtes déjà inscrit à France Travail lorsque vous créez votre entreprise, vous pouvez cumuler l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) avec vos revenus de livraison. Ce cumul a une contrepartie que beaucoup découvrent trop tard. Une fois votre entreprise créée, vous ne conservez que 60 % de vos droits restants.
L’ordre des opérations compte donc beaucoup. Lorsque vous perdez un emploi salarié après avoir créé votre entreprise, et à condition d’avoir encaissé du chiffre d’affaires avant cette perte, le cumul devient intégral.
Une autre option existe, l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise (Arce). Vous renoncez alors à l’allocation mensuelle pour percevoir un capital égal à 60 % du reliquat de vos droits, versé en deux fois.
À noter : votre ancien contrat de travail peut contenir une clause de non-concurrence. Elle vous interdit d’exercer une activité similaire à celle de votre ancien employeur, dans les limites de temps et de lieu qu’elle fixe.
Salarié ou étudiant, les points à vérifier avant de vous déclarer
Le cumul avec un emploi salarié est possible, l’activité s’exerçant alors à titre complémentaire. Votre contrat de travail peut toutefois comporter une clause d’exclusivité, auquel cas l’accord de votre employeur est nécessaire. Votre obligation de loyauté vous interdit par ailleurs de concurrencer cet employeur pendant l’exécution du contrat.
Un étudiant peut livrer en parallèle de ses cours. Les conditions d’accès restent celles de tout entrepreneur individuel : être majeur ou mineur émancipé, disposer d’une adresse postale en France, ne pas être sous tutelle ni curatelle.
Un point vaut pour tous les profils. L’activité de livraison n’ouvre aucun droit à l’assurance chômage, les cotisations du micro-entrepreneur ne finançant pas ce risque. Si vous cumulez avec un emploi salarié, seuls vos revenus de salarié serviront de base au calcul de vos allocations en cas de perte de cet emploi, une limite qui pèse surtout sur ceux qui visent une activité principale et durable.