Vous venez d’accepter un nouveau poste ? Entre la signature et la prise de fonction, vous sentez le doute s’installer, presque malgré vous : et si vous n’étiez pas capable ni à la hauteur ?
Rassurez-vous, ce doute-là est normal. Il tient à deux choses.
Pourquoi ce doute est si fréquent
La première est une croyance très répandue : que la légitimité se gagne pendant les 100 premiers jours, à coups de preuves accumulées en un temps record. Cette croyance met une pression considérable sur vos épaules, avec en toile de fond l’enjeu de la validation de la période d’essai, plus forte encore si votre changement de poste s’est fait en externe, dans une entreprise différente de la vôtre.
Mais une prise de poste réussie ne se mesure pas en 100 jours. Elle se joue plutôt sur 4, 6, parfois 9 mois. Vous mettre la pression pour « avoir tout prouvé » avant ce cap symbolique n’a donc pas grand sens : c’est une échéance que vous vous imposez, pas une réalité de votre poste. Oui, il faut convertir l’essai. Oui, il faut montrer votre compétence. Mais ce qui compte tout autant, c’est l’état d’esprit avec lequel vous abordez cette période, et notamment votre aisance avec l’inconnu.
La seconde raison tient justement à cet inconnu. Prendre un nouveau poste, c’est perdre la maîtrise que vous aviez sur le précédent pour vous confronter à des fonctions nouvelles (le management, la stratégie), des missions nouvelles (gérer un budget, prendre des décisions, prendre la parole en public), des interlocuteurs nouveaux (un nouveau CEO à appréhender, entre autres). Plus cet inconnu vous met dans l’inconfort, plus les doutes s’installent. Toute prise de poste commence par cette phase d’apprentissage, inconfortable par nature : de nouveaux repères, des outils ou des habitudes de travail encore à découvrir, des choses que vous ne savez pas encore faire. Ce n’est pas le signe que vous n’étiez pas prête. C’est le prix normal de tout démarrage, quelle que soit l’expérience déjà accumulée par ailleurs. Confondre les deux pousse à vouloir tout maîtriser trop vite, et donc à s’épuiser avant même d’avoir pu montrer ce dont vous êtes capable.
Ce qui fait vraiment la différence
Ce qui compte réellement pour réussir votre prise de poste, et qui reste largement sous-estimé, se joue dans la préparation mentale de cette prise de poste elle-même : une fois le contrat signé, mais avant le premier jour. En sept ans d’accompagnement, je constate que l’état d’esprit dans lequel vous abordez cette période compte au moins autant que vos compétences. Un peu comme pour un nageur de haut niveau : ce n’est jamais l’instant de la compétition qui construit la réussite, mais les mois de travail qui l’ont précédée. C’est ce que montre le documentaire consacré à Léon Marchand, « Léon, au-delà de l’or » : la préparation avec son entraîneur Bob Bowman, faite de répétition et de rigueur, souvent invisible, est ce qui porte la performance.
Une prise de poste n’est jamais qu’un test de compétences : elle met surtout en lumière votre rapport au contrôle et vos automatismes de bonne élève, des réflexes que vous portiez déjà, qu’un nouveau poste rend simplement plus visibles. Trois choses se préparent alors, avant même le premier jour : vos propres critères de réussite, ce qui vous a menée vers ce poste, et la façon dont vous choisissez d’accueillir ce que vous ne maîtrisez pas encore.
Définir votre propre réussite, pas seulement celle qu’on attend de vous
Réussir une prise de poste se joue en réalité à deux niveaux. Il y a la réussite du point de vue de l’entreprise. Et il y a vos propres critères de réussite. La première se mesure aux résultats obtenus. La seconde ne se mesure qu’à vous-même, et à ce que vous souhaitez accomplir ici.
Personne d’autre que vous ne peut définir à quoi ressemble, pour vous, une prise de poste réussie.
Poser vos critères de réussite avant de commencer vous permet de gagner en maîtrise malgré l’inconnu, et surtout vous évite de courir après les critères de tout le monde sauf les vôtres. Assurez-vous aussi que ces critères dépendent bien de vous. Exemple : plutôt que « me faire aimer de mes équipes », visez « organiser des ateliers de réflexion et de cohésion d’équipe pour fédérer l’équipe autour d’un enjeu stratégique collectif ». Le premier dépend du regard des autres, le second est entièrement entre vos mains.
Se reconnecter à vos motivations
Pourquoi vouliez-vous ce poste ? Que voulez-vous y réaliser, et pourquoi ? Se reconnecter à ses motivations profondes, c’est prendre sa place plutôt qu’occuper celle qu’on a bien voulu vous laisser, et se construire sa propre feuille de route. Vos priorités et vos enjeux personnels ne sont pas incompatibles avec ceux de l’entreprise.
Un exercice simple, à faire avant votre premier jour : imaginez-vous dans ce poste, dans six mois, dans neuf mois. Installée, reconnue, à l’aise. Depuis ce point de vue-là, une question aide souvent à trancher : si vous étiez certaine que ce poste allait bien se passer, que feriez-vous différemment dès la première semaine ? La réponse fait généralement apparaître ce qui relève de la peur plutôt que de la stratégie : répondre à toutes les sollicitations, se rendre indispensable immédiatement, montrer sa motivation en travaillant tard. Ce n’est pas ce qui vous rendra crédible. La crédibilité se construit sur votre vision, vos objectifs, votre recul, votre esprit critique et votre capacité à passer à l’action.
Décider, avant de commencer, comment vous choisissez d’accueillir l’inconfort
Ce que vous ne pouvez pas éliminer avant de commencer, c’est l’inconfort lui-même. Ce que vous pouvez décider dès maintenant, c’est comment vous choisissez d’y répondre une fois en poste. Plus vous luttez contre l’inconfort, plus il prend de place. Plus vous acceptez par avance de ne pas tout maîtriser dès le premier jour, plus vous vous autoriserez, une fois sur place, à entrer dans les sujets et à poser des questions avec curiosité, et plus vite vous retrouverez votre maîtrise.
Les repères que vous pouvez déjà vous fixer :
- Ne cherchez pas à prouver aux autres, mais à vous-même, sans vous mettre une pression excessive sur les épaules.
- Plutôt que de vous reprocher de ne pas tout savoir ou tout maîtriser, apprenez : posez des questions, observez, notez.
- Plutôt que d’être partout, identifiez les sujets stratégiques sur lesquels concentrer votre énergie.
- Repérez ce qui fonctionne ou non dans votre équipe, votre département, vos projets, et ce que vous voulez y réussir.
- Profitez de votre regard neuf pour poser un diagnostic de l’existant, avant qu’il ne s’estompe.
Rappelez-vous : vous n’êtes pas là, dès le premier jour, pour tout livrer. Les premiers mois sont faits pour observer, comprendre et apprendre.
C’est cette préparation intérieure, posée avant le premier jour, qui détermine ensuite comment se jouent les mois suivants. Ce que vous choisissez de prioriser, ce que vous acceptez de ne pas maîtriser tout de suite, la manière dont vous vous parlez à vous-même quand quelque chose ne se passe pas comme prévu : tout en découle.
Accompagner cette préparation, avant même la prise de poste, fait partie de mon accompagnement carrière : poser une intention claire et définir ses propres critères de réussite, avant que le quotidien du nouveau poste ne les impose à votre place.
Eleanor Peek accompagne des femmes cadres et dirigeantes dans leurs prises de poste depuis sept ans.